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Père Lachaise, samedi 30 juillet 2011

Préambule

Paris, le vendredi 26 août 2011, 20H26

Je m’appelle Gil Chabrier.

Comme vous pouvez le constater, la photographie a été prise dans un cadre particulier, mais c’est l’un des endroits de Paris que ma compagne et moi-même affectionnons particulièrement.

Pour me présenter, j’ai fait le choix de donner une biographie « officielle » relativement courte, puis une autre, en trois parties, plus personnelle.

« Limouzy », Fumel, septembre 2007

Enfance et adolescence

Paris, le vendredi 26 août 2011, 20H59

Mes tous premiers émois définitivement marquants ont été l’innocence des animaux, le bleu du ciel, l’éclat de l’eau, le scintillement si lointain des étoiles, la danse et les sons du feu, la plainte nostalgique des grillons la nuit, la douceur de la lune, la blancheur rebondie des nuages, les odeurs de pierre chauffée par le soleil, de plantes, le son du vent dans les pins : la fantastique beauté du cosmos. Puis bien avant l’adolescence, il y a eu un nouveau type d’émoi, incroyablement envoûtant en son genre : pendant toute une période, j’ai pu en vérifier la réalité inédite mais incontestable, par exemple en parcourant la rubrique lingerie du catalogue de la Camif que recevaient mes grands-parents. Enfin, il y a eu ces états que j’ai évoqués dans le tout premier texte de ce site, Ouverture.

Quelque chose me faisait vaguement pressentir que ces trois types d’émotions devaient être les différentes facettes d’une même réalité. On peut les expliquer en invoquant la psychophysiologie. Il n’empêche qu’ils renvoient à quelque chose dont je suis convaincu qu’il peut être d’emblée reconnu comme ultime. C’est au passage une façon de dire que je suis de tempérament « mystique », ce qui m’a valu des moments de pur bonheur mais aussi de franches traversées du désert.

Je n’aimais pas l’école, les autres élèves et les professeurs me le rendaient d’ailleurs plutôt bien, sauf pendant ma seconde troisième, en première et en terminale, où j’ai eu plaisir à me retrouver dans des classes sympathiques et à travailler. Mais ce qui m’intéressait surtout, c’était le « grand bleu » et tout ce qui gravite autour en termes symboliques. Alors enfant, j’étais un passionné d’aviation et dans le registre marin, Jacques-Yves Cousteau était mon héros. Adolescent, j’ai pratiqué la plongée sous-marine. Et j’avais dit à mes parents que si je n’avais pas mon bac, je deviendrais compagnon : la restauration des bâtiments anciens m’attirait et les quelques petites expériences que j’avais eues en la matière m’avaient plu. Mais je suis devenu bachelier. Or, j’avais sous le coude une autre alternative en termes d’orientation.

Je me posais beaucoup de questions et j’étais plus ou moins attiré aussi par l’archéologie, les arts, l’histoire, la littérature, la psychologie, les religions... J’ai parfois songé à rentrer dans les ordres, peut-être bouddhistes, mais je dois être allergique à l’idée de m’inféoder à des personnes ou à une « école » quelconque. C’est probablement ce qui m’a empêché, entre la seconde et 2003, de franchir le cap d’une tentation, paradoxale au demeurant, qui me venait quand j’avais l’impression de piétiner en tout et que je languissais de grands frissons : m’engager dans la Légion. Car intégrer un ordre quelconque aurait peut-être été malhonnête de ma part – même si je suis apparemment un employé apprécié depuis que je suis entré dans le monde du travail.

Aussi, je me suis tourné vers la philosophie parce que j’y voyais la discipline la plus englobante de toutes. Grâce à elle, je pouvais continuer de me pencher sur les autres disciplines qui m’intéressaient, avec comme fil d’Ariane ces états qui me sont toujours apparus comme étant seuls aptes à donner tout son sens à la vie.

Détail de la sculpture d’une tombe, Père-Lachaise, janvier 2002

Mes années d’études

Paris, le vendredi 26 août 2011, 21H11

Mais globalement, j’ai été déçu par mes études. C’est un peu par hasard que pendant les années 1993-1994, j’ai découvert la « pensée » shivaïte et tantrique avec deux textes en partie contestables certes, mais peu importe, ils ont marqué un tournant dans ma vie : Le tantrisme d’André van Lysebeth1, et Shiva et Dionysos d’Alain Daniélou2. Ce fut une révélation : je trouvais formulé tout ce que je pressentais. Intellectuellement, cette découverte a été mon point d’ancrage et s’est avérée bien plus profonde que celle de Friedrich Nietzsche en terminale et en deuxième année de DEUG.

Par contraste, la philosophie occidentale m’apparaît comme une discipline trop emprisonnée par les usages universitaires, elle me fait l’effet d’un jeu purement intellectuel travaillant sur des questions généralement dépourvues de tout intérêt concret, comme si son but était seulement de produire du discours et encore du discours sur les modèles du commentaire du texte et de la dissertation. Les cours d’histoire de la philosophie consistaient souvent en d’ennuyeux catalogues de doctrines parfois invraisemblables, et pouvant soutenir n’importe quoi et son contraire. Mais ce qui me dérangeait le plus, c’était ce culte de la « raison », cette prétention du discours philosophique à fonctionner en vase clos, comme si les philosophes étaient dépourvus de corps et comme si la raison était infaillible, alors qu’elle ne l’est manifestement pas, puisqu’il est possible de formuler les théories les plus opposées et de se perdre dans des méandres interminables. Enfin, des professeurs faisaient des cours sur la justice, la morale, la vertu, alors que leur attitude et leurs propos étaient pétris de cette morgue cynique si caractéristique, évidemment en contradiction avec leurs positions « officielles ». Je garde un très bon souvenir de certains cours et de certains professeurs, mais globalement j’avais une impression de fausse profondeur et d’inutilité.

Pourtant, ces moments où je bénissais la vie de se voir enfin pleinement justifiée, c’est à mon corps que je les dois, pas à la raison. Pour Aristote, ce qui donne à un être son impulsion, qu’elle soit physique ou psychique, c’est l’orexis, qui peut se traduire par « désir »3. Or, ce désir qui peut mener à l’état de grâce, il ne peut que venir du « corps ». Et dans l’an-orexie, il peut aussi y avoir des états de grâce. On comprend peut-être un peu mieux pourquoi je peux travailler depuis tant d’années à la fois sur l’anorexie et l’« érotisme » : d’une certaine façon, ce sont les deux facettes d’un même problème.

En fait, si je n’ai réussi aucun concours, c’est parce que je n’ai pas compris ce qu’on attendait de moi ou plutôt que je n’en voulais pas, le moule dans lequel il me fallait entrer m’agaçait, j’y étouffais. Des philosophes m’ont marqué, je songe à Gaston Bachelard, Henri Bergson, Michel Foucault, Erich Fromm, William James, Blaise Pascal, Jean-Jacques Rousseau. Mais du côté de l’austère Pierre Hadot, du foudroyant Friedrich Nietzsche, du surprenant Robert Maynard Pirsig, je me sens davantage dans mon élément. J’ajoute très volontiers le baroque et sympathique Michel Onfray, qui a le mérite d’avoir de l’humour, d’écrire pour être lu et d’ouvrir une multitude de pistes intéressantes. Le fin du fin demeure pour moi les courants indiens mentionnés plus haut.

Adolescent, j’étais plein de beaux rêves et d’une belle énergie, mais je ne savais pas quoi en faire. Mon avenir était pour moi un mystère et je pressentais que le chemin allait être fastidieux : il l’a effectivement été et au-delà de tout espoir, raison pour laquelle j’ai effectué une analyse pendant six années, entre 1997 et 2003. Car cette année-là, la perte d’un membre de ma famille qui m’était très cher et auquel mon livre sur l’anorexie est dédié, m’a fait me ressaisir soudain.

________________________

  1. 1. André van Lysebeth, Le tantrisme. Le culte de la féminité, Paris, Flammarion, 1988.

  2. 2. Alain Daniélou, Shiva et Dionysos, Paris, Fayard, « L’espace intérieur », 1991.

  3. 3. Aristote, De l’âme, Paris, Vrin, « Bibliothèque des textes philosophiques », 1995, p. 203-207 et Éthique à Nicomaque, Paris, Vrin, « Bibliothèque des textes philosophiques », 1997, p. 276-277.

Djahïda en train de dresser les gardiens du monastère (six chatons et leur mère),

Panaghia Chozoviotissa, Amorgos, mercredi 27 octobre 2010

Mon texte sur l’anorexie mentale

Paris, le vendredi 26 août 2011, 21H15

En 2003 donc, je me rendais compte que j’avais retenu peu de choses de l’université : je revendais à peu près la moitié des livres dont je disposais alors. Puis, jusqu’à la parution de mon texte, donc pendant huit années, s’il y a eu des moments de désarroi, j’ai déployé une énergie dont je ne me serais jamais senti capable : tout en travaillant à temps plein à la BnF, je savais que je ne lâcherais plus le morceau. Aussi, j’étais galvanisé tantôt par l’enthousiasme, tantôt par la rage.

Par l’enthousiasme pour trois raisons. D’abord, quand j’ai commencé mon intense correspondance avec de nombreuses anorexiques et boulimiques : je jubilais, elles non plus ne trouvaient pas mes intuitions idiotes, qu’elles en soient remerciées encore ici. Ensuite, quand je me suis décidé à désapprendre bien des choses en en apprenant de nouvelles, celles qui m’intéressaient et me faisaient vraiment réfléchir : depuis 2003, j’ai lu des textes par centaines sur l’Orient et des témoignages « forts » sur des thèmes hétéroclites, mais en lien direct avec notre « civilisation », bien m’en a pris car des intuitions inattendues me sont alors venues. Enfin, parce qu’en 2004 j’ai rencontré ma compagne actuelle Djahïda : au début, nous vivions à des centaines de kilomètres l’un de l’autre mais même durant cette période, sa « présence » m’a maintenu la tête hors de l’eau dans les moments difficiles, qu’elle en soit ici suprêmement remerciée parce que je ne suis pas toujours très commode.

Quant à la rage, elle était suscitée par l’incompréhension d’une bonne partie de l’entourage qui ne se représente pas ce que c’est que de travailler à temps plein et d’être obnubilé par une thèse quand on a un loyer à payer, des livres à acheter, qu’on est fauché et surtout qu’on a besoin d’un maximum de temps, que l’on rogne sur tout pour gagner quelques misérables minutes. Mais quand on sait que cette fois-ci, on a le « feu sacré » et que cette occasion ne se représentera peut-être plus de son vivant, le choix s’impose de lui-même. C’est la rupture avec tout le monde ou presque, au mieux la prise de distance. C’est donc rapidement la solitude. Si quelqu’un de votre entourage traverse une telle période, oubliez-le tout en étant « là », c’est le meilleur service que vous puissiez lui rendre. Sur ce point, Djahïda a été merveilleuse. La rage culmina bien sûr quand mon directeur de recherches m’envoya tranquillement promener. C’est un scénario qui ne m’avait pas traversé l’esprit une seule seconde : jeter au minimum huit années de ma vie dans le caniveau. J’avais pourtant proposé de soutenir, quitte à me faire saborder par le jury. Après des échanges de mails houleux, ce professeur s’est montré silencieux. Puis je recevais un autre mail de lui : il « m’invitait » à trouver un autre directeur de recherches, dans une autre université. C’était en semaine, deux jours avant la clôture des réinscriptions. C’était bien un acte terroriste. Car j’aurais pu avoir envie de me jeter du haut d’une tour.

Nous sommes donc partis en Grèce, la splendeur hors du temps des îles était revigorante, nous en sommes d’ailleurs tombés amoureux et au retour, j’ai joué une carte qu’il me restait : je remaniais le texte puis l’envoyais dans différentes maisons d’édition. J’ai eu l’idée en repensant au texte d’Eva Clouet1, publié après son Master alors qu’elle n’avait pas encore son doctorat. Je remercie au passage le professeur Christian Godin : par l’intermédiaire de sa fille Auriane qui est une collègue, il se disait prêt à me « récupérer ». Mais j’avais déjà pris la décision de procéder autrement.

Je peux me définir un peu comme un autodidacte. Ma « formation » a en fait consisté en la découverte d’horizons autres, mais pour penser des problèmes contemporains auxquels je suis moi-même quotidiennement confronté. Avec l’érosophie, je n’ai plus tellement de comptes à rendre : alors que les gens prennent ou délaissent. La philosophie aime la « sagesse » ? Moi je ne veux pas que l’aimer. Le « grand bleu » m’attire toujours autant mais j’ai l’audace de croire que je m’y prends mieux maintenant que quand j’étais plus jeune. Car je veux au moins essayer de donner à mon quotidien une coloration différente, « océanique », fût-ce modestement pendant quelques minutes, par exemple au moment même où je tape ces lignes sur mon clavier.

Sinon, pourquoi vivre ?

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1. Eva Clouet, La prostitution étudiante à l’heure des nouvelles technologies de communication, Paris, Max Milo, « Essais-Documents », 2008.

Né en 1973 dans le Sud-Ouest de la France, je suis venu à Paris en 1991 pour faire mes études et suis titulaire d’un master de philosophie pratique. Obtenu en 2005, il portait sur l’anorexie mentale. Depuis 2003, je travaille comme magasinier à la BnF.

Entre 1991 et 2003, j’ai effectué plein de petits boulots, agent de sûreté, coursier, pion, régisseur sur quelques tournages de publicité et surtout agent hospitalier. J’ai ainsi eu la chance de travailler dans les services qui m’attiraient le plus, hématologie, neurochirurgie, psychiatrie adultes, réanimation, urgences et surtout pédopsychiatrie auprès d’adolescents pendant presque quatre années.

Avec mes études, je me destinais d’abord à l’enseignement. Entre 1996 et 2001, mais de façon irrégulière, j’ai présenté l’agrégation et le CAPES de philosophie, sans succès. En 2003, je me suis lancé dans la voie de la recherche en commençant mon master, en vue de poursuivre avec une thèse.

Si le master, obtenu avec mention très bien, a été un franc succès (20/20 dans un mail, 18/20 sur le papier pour avoir séché une épreuve d’anglais), ce que j’avais fait pour la thèse et qui consistait pourtant en un développement du master, n’était manifestement plus du tout du goût de mon directeur de recherches. En effet, il a refusé que je la présente en m’annonçant la nouvelle deux mois avant la soutenance, fin 2010.

Je ne prétends pas que le texte de la thèse était parfait. Mais après cet acte quelque peu terroriste dont j’ignorerai à jamais les raisons profondes, j’ai préféré renoncer aux arcanes du fonctionnement des facultés françaises de philosophie pour faire cavalier seul, en me dépêchant de faire publier mon texte sur l’anorexie.

Je vois désormais les choses en plus simple, c’est-à-dire à ma façon et à mon rythme, d’où ce site et mon orientation vers l’écriture, voie que j’avais déjà eu la tentation d’emprunter en 2002.

Paris depuis le parc de St-Cloud, dimanche 28 août 2011

Officiellement

Paris, le vendredi 26 août 2011, 20H37